Malgré les soubresauts de l’économie américaine et mondiale, les entreprises du Val-Saint-François continuent de tirer leur épingle du jeu. C’est le constat fait par Développement Val-Saint-François à la suite d’une étude réalisée avec le soutien de la Table des MRC de l’Estrie.
«Ça ne va pas si mal»
«Il n’y a actuellement pas beaucoup de projets d’investissements, mais ça ne va pas si mal non plus. On constate un certain ralentissement, mais les entreprises s’ajustent et regardent vers d’autres marchés. Certaines sont dans une phase de consolidation», explique Louis-Philippe Laplante, coordonnateur du service de développement socio-économique chez Développement Val-Saint-François (DVSF).
Il confirme que certaines entreprises, qui vendaient en grande partie leur production aux États-Unis, se tournent maintenant vers d’autres marchés, comme l’Europe et l’Asie.
«Les entrepreneurs se sont rendus compte de leur dépendance vis-à-vis des États-Unis et ne veulent plus nécessairement tout miser là.»

Un changement qui s’opère toutefois lentement.
«Ce n’est pas quelque chose qui se fait du jour au lendemain. Les entreprises doivent trouver de nouveaux clients ailleurs en se faisant des contacts dans ces nouveaux marchés. Même s’il peut y avoir un intérêt pour leurs produits, les entreprises doivent se conformer à d’autres normes et certifications, qui sont parfois différentes d’ici. Il y a également des barrières linguistiques ou culturelles. Ce qui fait que de vendre là-bas peut prendre plusieurs années pour les plus petites entreprises, qui ont moins de ressources que les grandes.»
Pour soutenir ces entrepreneurs, DVSF collabore entre autres avec Investissement Québec, qui opère des délégations dans plusieurs pays. Ou encore avec Carrefour Québec International, un organisme qui aide les entreprises à se développer sur les marchés extérieurs, ailleurs au Canada ou à l’international.

Ne pas se fier à un seul client
Cette situation offre un autre avantage : elle pousse certaines entreprises à réaliser qu’elles ont mis tous leurs œufs dans le même panier. Environ 60 % des entreprises manufacturières du Val ont indiqué qu’elles avaient un donneur d’ordre qui représentait plus de 50 % de leur chiffre d’affaire. «Les entrepreneurs se disent maintenant : on ne peut pas se fier uniquement à un seul client», dit-il.
Pour le moment, moins de difficultés de recrutement
Il y a quelques mois, la notion de «pénurie de main-d’œuvre» était encore sur toutes les lèvres. Plusieurs employeurs avaient alors des difficultés à recruter une partie du personnel dont ils avaient besoin. Ce n’est plus le cas en 2026, assure Louis-Philippe Laplante.
«À la suite de la COVID, nous avions fait un sondage où environ 36 % des entreprises manufacturières disaient que les difficultés de recrutement étaient leur enjeu principal. Aujourd’hui, ce n’est plus nécessairement ça, à cause des changements annoncés récemment [aux États-Unis]. Mais en même temps, il n’y a pas non plus de pertes massives d’emplois. Les choses se maintiennent, ce qui est positif, dans le contexte.»

Le secteur industriel, un poids lourds dans le Val
Contrairement au reste de l’Estrie ou de la province, le secteur industriel dans le Val reste un poids lourd dans l’économie. C’est pourquoi l’étude de la Table des MRC de l’Estrie s’est concentrée sur ce milieu entrepreneurial en particulier.
Les 720 entreprises de cette filière donnent de l’ouvrage à 9900 personnes, ce qui signifie que presque un emploi sur trois dans la région dépend de cette industrie. Leur chiffre d’affaires se situe à environ 4,5 milliards de dollars.
Quatre entreprises comptent parmi les plus grands employeurs de la région : Bombardier Produits Récréatifs (BRP) (Valcourt), Domtar (Windsor), Usinatech (Canton de Melbourne) et EXO-S (Richmond).
Autre particularité du Val : son secteur de la fabrication textile. Même s’il ne compte que pour 2 % des entreprises industrielles, son envergure est plus importante que ce qu’on voit ailleurs au Québec. Parmi ces entreprises, on retrouve entre autres Innotex, à Richmond, spécialisé dans les vêtements de protection pour les pompiers.
Bien que tous ces résultats ne soient pas nécessairement une surprise pour l’équipe de DVSF, l’étude est très précieuse, tient à souligner le coordonnateur. Elle permet à son organisation d’arrimer ses services aux besoins réels des entreprises. Comme du soutien au niveau de l’innovation, de la diversification ou de l’exportation.

Pour la suite, y a-t-il une relève?
Autre enjeu important pour les entreprises d’ici : un peu plus de 20 % des propriétaires d’entreprises, tous secteurs confondus, prévoient prendre leur retraite d’ici cinq ans. Près de la moitié ont identifié une relève, mais pas les autres.
«Si on souhaite que les entreprises restent dans la région, ça prend des gens pour prendre la relève. C’est notre rôle de voir qui veut transférer son entreprise. Et de les aider à identifier une relève, avec d’autres ressources comme Repreneuriat Québec. Dans certains cas, ça peut être des employés à l’interne ou des membres de la famille. Notre soutien est alors axé sur le transfert de compétences et de connaissances ainsi que le financement. Alors que dans d’autres cas, on essaie de trouver des partenaires ou des acheteurs.»
Objectif : pérenniser plutôt que démarcher
Fini le temps où l’on courait après de nouvelles entreprises. La priorité des acteurs économiques est désormais toute autre.
«Le développement économique a beaucoup changé. Il y a quelques années, on essayait de trouver de nouvelles entreprises avec plein d’emplois, des «coups de circuit» pour notre région. Aujourd’hui, il y a des enjeux qui font que c’est plus difficile. Ce qui fait qu’on s’efforce de plutôt conserver nos entreprises déjà présentes et de développer nos milieux de vie.»
La notion de «développement économique» a évolué et s’est transformé, révèle-t-il. «On travaille aujourd’hui sur des thèmes comme le transport, le logement et plein d’autres. Ce qui n’était pas le cas avant.»

L’une des raisons qui explique ce changement : «Il n’y a presque plus d’espaces industriels dans le Val. Et on voit la même tendance ailleurs en Estrie.» La révision actuelle du schéma d’aménagement de la MRC, document de planification du territoire, ne changera guère la donne.
«Même s’il y avait demain une entreprise de 5000 employés qui voulait venir s’installer dans le Val et que nous avions un terrain disponible, ce ne serait pas simple. Nous avons des enjeux de transport, d’accessibilité au logement ainsi que de places dans les écoles et services de garde. En plus, une grande entreprise dont le siège social ne serait pas ici aurait moins d’appartenance à la région. Selon le contexte économique, elle pourrait donc, du jour au lendemain, décider d’aller ailleurs. Contrairement à des entreprises du coin, développées par des gens d’ici. Pour lesquels la région correspond à leur milieu, à leur famille et à leur vie.»
Ce qui explique qu’on vise désormais davantage la pérennité du tissu entrepreneurial déjà en place plutôt que l’attraction de nouvelles entreprises.
Miser sur la proximité et la visibilité
C’est pourquoi l’équipe de DVSF cherche à gagner en visibilité. «Nous sommes présents sur le terrain pour rencontrer les entreprises et qu’elles apprennent à nous connaître. On participe à des activités de réseautage, comme celles organisées par les chambres de commerce de Richmond et celle du Val-Saint-François Ouest. Nous publions régulièrement une infolettre et utilisons également les réseaux sociaux de la MRC, comme Facebook et LinkedIn.»

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